Archives du blog

La vente du carburant frelaté au Togo/ une guerre sans merci entre le gouvernement et les vendeurs

Un point de vente du carburant frelaté

Depuis un temps, le secteur des produits pétroliers est secoué par des crises à répétition. A cause de la fixation anarchique et unilatérale des prix de ces produits à la pompe par le gouvernement, prix d’ailleurs contestés par l’opinion, la vente du carburant frelaté qui occupe bon nombre des jeunes togolais, a gagné le terrain. Etant un commerce illicite, cette dernière n’est pas approuvée par le gouvernement qui lutte contre sa pratique. Par le biais du ministère de la Sécurité, il a mis en place un dispositif dénommé « Opération entonnoir » pour traquer tous les vendeurs de carburant illicite. Cette mission, à laquelle s’adonnent à cœur joie, la police et la gendarmerie, fait couler ancre et salive avec son cortège de courses poursuites,  de saisies, de blessés et de morts.

En effet, selon les autorités,  la lutte contre le commerce de carburant frelaté est due à plusieurs raisons. Les plus avancées sont entre autres, le danger encouru quant à l’inflammabilité du produit, la non perception de taxe par le gouvernement sur le produit, bref c’est un un commerce informel et illicite. Donc, c’est dans le souci de mettre de l’ordre dans le secteur pétrolier dont les ramifications prennent des proportions inquiétantes, que l’Etat togolais, à travers le Ministère de la Sécurité avait mis en place l’ « Opération entonnoir I et II », pour mettre en déroute les distributeurs et les vendeurs du carburant frelaté.

Malheureusement, dans l’exercice de leur fonction, les agents en uniforme, qui ont la lourde mission d’affronter des jeunes Togolais vendeurs résolument engagés à aller au bout de leur logique, se rendent coupables d’exactions et s’illustrent négativement. Cela devient une coure poursuite, chat et sourie entre eux. Ces gendarmes et policiers poussent le bouchon assez loin, ce qui se solde par des échauffourées. On en veut pour preuve la disparition récente de Ben Borma (un jeune journaliste/humoriste de la chaine télévision la TV2) et la mort de deux jeunes hommes il y a quelques mois dans le Vo, victimes du zèle d’un  gendarme. En matière des blessés enregistrés dans cette lutte, n’en parlons pas. Tout porte à croire que ce sont plutôt ces incidents malheureux qui confortent les vendeurs dans leur position.

Nombreux, très nombreux sont les Togolais, jeunes, vieux, hommes, femmes et enfants, à se lancer dans cette activité hautement lucrative mais aussi assez dangereuse, qui permet aux tenants de nourrir leurs familles et de scolariser leurs enfants. Cette activité importée du Benin voisin dans les années 90 a été à ses débuts à l’origine de nombreux dégâts. Les incendies étaient légions avec à la solde des brulés de divers degrés. Pour mettre fin à ce drame qui décimait les populations, l’Etat a mis à contribution les forces de l’ordre qui éprouvent au contraire de la peine à régenter le secteur. « Nous ne nous laisserons pas faire. Je suis diplômé de l’Ecole des ingénieurs de l’Université de Lomé. Faute d’emploi, je me suis lancé dans cette activité avec laquelle je m’en sorts aisément. Chaque jour, nous affrontons les policiers et les gendarmes, ils viennent, soit pour nous extorquer de l’argent, soit pour emporter nos marchandises, ce qui représente pour nous des pertes énormes. Nous sommes décidés à ne jamais baisser les bras, s’ils continuent, nous mettrons en place nous- aussi des dispositifs pour les contre-attaquer. Lorsque nous aurons brulé certains d’entre eux, les autres s’assagiront. Le drame dans tout cela, c’est que nous ne savons rien de la destination des produits saisis. Selon nos investigations, les autorités les revendent ou les utilisent pour rouler les engins dont ils se servent pour nous traquer », s’est indigné un vendeur rencontré dans la rue.

Pour échapper à la furie des forces de l’ordre, les vendeurs placent sur leurs étalages des bouteilles remplies d’eau colorée pour signaler leur présence aux clients. Le carburant même est dissimulé à plusieurs mètres et c’est ainsi que certains d’entre eux épargnent leurs denrées. « La dernière fois, un véhicule s’est arrêté devant mon étalage. Je me suis approché pour le servir et c’est à ce moment que quatre hommes habillés en civil sont sortis du véhicule et ont emporté six litres d’essence. Je me demande s’il s’agit des brigands ou si c’est les forces de l’ordre qui ont changé de méthode. Si tel est le cas, nous aviserons. Nous pensons d’ailleurs mettre en place très bientôt un syndicat pour défendre nos intérêts » a laissé entendre un autre vendeur.

Cette guerre sans merci à laquelle se livrent les agents de sécurité, farouchement déterminés à en découdre avec ces businessmen, suscite beaucoup d’interrogations au sein de l’opinion et doit faire réfléchir les autorités. Pourquoi les contrevenants ne sont jamais interpellés puisqu’on les accuse de mener des activités illicites ? Pourquoi  n’arrive-t-on jamais à bout de ces vendeurs, vue la vitesse avec laquelle d’autres points de vente s’improvisent partout dans les artères ?  Y a-t-il suffisamment de stations services pour satisfaire la demande d’autant plus que sur la route de Kpalimé, la dernière station se trouve face à l’église catholique tandis qu’une frange importante de la population vit à Sanguéra, Ségbé et Sagbado ?

S’il  est vrai qu’au départ le stockage du produit hautement inflammable était négligé, il n’en demeure pas moins vrai qu’aujourd’hui, la population a pris conscience du danger et les incendies liés au mauvais stockage se raréfient  de plus en plus. Pour Kossi, distributeur en gros du carburant frelaté, « notre commerce est plutôt entretenu par les autorités qui ont leur part du gâteau. Non seulement, ils en tirent profit, mais il a contribué à résorber un tant soit peu le chômage. Y mettre fin engendrerait à coup sur d’autres problèmes pour l’Etat, qui doit dorénavant chercher à caser tous ceux qu’il laissera sur le carreau. Au Benin, tous les gouvernements successifs y ont courbé l’échine. Aucun d’entre eux n’est arrivé à bout. De guerre lasse, ils ont baissé les bras ».

Vivement que le gouvernement planche sérieusement sur cette affaire pour mettre fin à cette guerre rangée qui oppose les forces de l’ordre à une population révoltée, avant que celle-ci ne change de tactique lorsqu’elle aura le dos au mur. Mais, faut il le souligner la fin du bras de fer entre le gouvernement et les commerçants de ce produit n’est pas pour demain, car les acheteurs qui sont essentiellement les conducteurs de motos, sont tellement habitués à ce produit qu’ils ne sont pas apparemment prêts à lâcher le lest.

R.A

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :