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Les vidangeurs méritent d’égards à leurs conditions de travail et de vie

Une équipe des vidangeurs sur le chemin de travail

Une équipe des vidangeurs sur le chemin de travail

S’il y a un métier qui mérite aussi respect et considération, c’est bien sûr celui des vidangeurs. C’est un métier difficile, qui demande beaucoup de courage. Mais, certains braves hommes l’ont choisi. Ils sont souvent sollicités dans les ménages, si le besoin se fait sentir, pour vider les fosses septiques. Ces vidangeurs participent au quotidien à l’hygiène et à l’assainissement dans nos maisons. Mais, dans quelles conditions de vie et de travail, mènent-ils leurs activités ?

Ils sont nombreux ceux qui embrassent le métier de vidangeur au Togo. Mais malheureusement, les conditions dans lesquelles ces derniers travaillent laissent à désirer. Ce secteur d’activité, indispensable à l’évacuation des déchets humains et dont la population togolaise ne peut se passer, est confronté à de « sérieux problèmes ».

Selon, un vidangeur nommé Koffi, rencontré dans une maison, entrain de vider une fosse septique, le métier de vidangeur n’est pas facile. « Notre travail n’est pas facile. Il faut d’abord avoir le courage. Mais j’en suis fier, bien que nous le fassions dans des conditions déplorables. Souvent on nous considère comme des moins que rien. Or, nous sommes très indispensables pour l’hygiène et l’assainissement. C’est ce que les gens oublient », a-t-il déclaré.

            En dehors du manque de considération de leur métier aux yeux de nombreux concitoyens, les vidangeurs ont des difficultés à exercer correctement leur métier. Pour Wala, pratiquant dudit métier dans un service de la place, l’équipe de vidange est toujours composée de conducteur et des agents plongeurs. Ces derniers sont confrontés à des problèmes d’équipements de protection corporelle (des cache-nez, des bottes, des gans) et du site officiel sur lequel les déchets vidangés des fosses septiques doivent être déposés. « Dans l’exercice de notre métier, la majorité d’entre nous ne sont pas protégés par des cache-nez, des bottes et des gans. C’est rare de voir l’équipe d’un camion de vidange se protéger avec ces choses. Egalement l’un des gros problèmes qu’on rencontre souvent, c’est la difficulté relative au site officiel sur lequel les déchets vidangés des fosses septiques doivent être déposés. Avant on a un site à Zanguéra, mais il n’est plus disponible. Actuellement, on n’a pas de site et on se débrouille tout seul. On négocie avec les propriétaires des terrains pour ça. Ce qui fait que le coût pour une vidange est élevé », a-t-il expliqué. « Aujourd’hui, pour faire une vidange, le prix n’est plus à 25 000F. Il est élevé à 35000 voire plus, à cause du problème de décharge. Nous payons les propriétaires du terrain pour la décharge. Mais avant, il faut aussi acheter le carburant pour le véhicule. Après toutes ces dépenses, au final, on se trouve avec presque rien et c’est dans ça que nos employeurs nous paient. Or, nous avons la famille à nourrir. Donc,  voilà comment nous travaillons. Les conditions dans lesquelles nous vivons sont très difficiles et c’est le bon Dieu seul qui nous aide. Ce n’est pas fini. Il y a d’autres contraintes auxquelles nous sommes confrontés. Ce que nous venons de vous confier ce n’est qu’une partie », a ajouté son compagnon, Koami.

IMAG0842A ces problèmes ci-dessus énumérés, s’ajoute celui du contrat avec leurs employeurs. En effet, selon un autre vidangeur, ce secteur n’est pas doté d’une convention et la plupart des vidangeurs ne sont pas liés aux employeurs par des contrats de travail, et les véhicules peuvent leur être retirés sans aucun préavis. « Nous n’avons pas de contrat de travail avec nos employeurs. Nous sommes à leur merci et ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent de nous. Ils peuvent nous retirer les véhicules quand ils veulent », a-t-il confié avec amertume. Par ailleurs, la traversée de certaines artères dans la ville de Lomé est, selon les vidangeurs, interdite et si ces derniers osent, ils ont de problème avec les forces de l’ordre, qui parfois les rackettent.

Autant de difficultés auxquelles est confronté ce secteur d’activité. Mais, pour œuvrer à l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie, les vidangeurs se sont réunis et ont formé un syndicat dénommé « Union Syndicale des Vidangeurs du Togo (USYNVITO) », qui a pour mission « d’œuvrer pour l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie, à résoudre les problèmes qui minent leur secteur ». Mais, pour de nombreux vidangeurs, c’est un syndicat qui n’existe que de nom. « Oh ! Notre syndicat ne vit pas. Depuis que nous nous sommes réunis pour le créer, il ne fait rien pour l’amélioration de nos conditions. On ne sait même pas où nos leaders se trouvent. Il n’y a aucun travail qui se fait. Ce syndicat, sensé protéger nos droits, n’existe que de nom. Je me demande s’il est encore nécessaire d’avoir un syndicat, puisque nous sommes toujours au point de départ », a laissé entendre un vidangeur avec colère, interrogé sur la question.

« En ce qui concerne notre syndicat, moi, je l’ai oublié. Je ne sais même pas s’il existe. C’est ce qui nous recule dans ce pays. On ne commence rien pour aller plus loin. On le laisse toujours en queue de poisson. Moi, la seule chose que je demande, c’est que nos autorités aient plus d’égards à nos conditions. Qu’elles nous aident un peu en revoyant notre situation. Et là je m’adresse au service d’hygiène et d’assainissement de l’Etat. On a besoin cruellement de site officiel pour notre décharge finale ; aussi pourquoi ne pas mener des actions pour nous recenser et nous donner un statut ? Après tout, nous aussi nous contribuons à l’assainissement dans le pays. Notre secteur est indispensable et la population togolaise ne peut s’en passer », a interpelé un autre vidangeur.

Selon M. Emmanuel Agbénou, secrétaire général de la FESY-TRAT (Fédération des Syndicats des Transporteurs du Togo), un grand responsable syndicale au Togo, le syndicat des vidangeurs existe belle et bien. Il a été même formé, dès sa création, par ce dernier lors d’un atelier de formation sur les notions élémentaires du syndicalisme. « Sur le plan syndical, s’il y a activité, il est invité. Mais c’est la mise en application de ce qu’il doit faire qui pose problème. Maintenant qu’est ce qui explique cette passivité dont il fait preuve ? C’est ce que nous cherchons à découvrir », a-t-il fait savoir, en déplorant les conditions de travail et de vie dans lesquelles ces vidangeurs travaillent. « Le problème majeur qu’ils rencontrent aujourd’hui c’est la non attribution d’un site décharge. Le gouvernement doit prendre vraiment au sérieux ce secteur qui contribue énormément à la salubrité publique. On a comme l’impression que ce secteur est oublié ou n’est pas pris en considération », a-t-il souligné.

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