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Tradition orale et Modernité / Thérèse Yao, conteuse ivoirienne : « Le conte n’a pas encore dit son dernier mot »

Thérèse Yao

Thérèse Yao

Pour beaucoup, le conte, élément primordial de la tradition orale, richesse du continent africain, est en perte de vitesse face à la modernité, aujourd’hui caractérisée par l’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). Et la génération actuelle qualifiée de « génération Facebook » accorde très peu de crédit à cet art qui jadis faisait la fierté des sociétés africaines. Se prononçant sur la question dans une interview accordée à notre rédaction, Thérèse Yao, artiste ivoirienne de téléfilm, conteuse professionnelle, s’inscrit complètement en faux contre cette idée. Pour elle, « Le conte n’a pas encore dit son dernier mot ». « La modernité avec les nouvelles technologies comme on le dit, peut être utilisée pour ventiler le message dans le conte », affirme cette dernière qui est actuellement à Lomé pour le lancement officiel du réseau « Caravane de voix de femmes » qui aura lieu ce 03 septembre 2013. Lisez plutôt…   

Vous êtes Mme Thérèse Yao, artiste ivoirienne de téléfilm, conteuse professionnelle. Quels sont vos débuts dans l’art oratoire ?

J’ai commencé par le téléfilm, l’humour, la comédie, mais le conte a pris le pas sur toutes les autres formes d’art et toutes les formations que j’ai eues. Au départ il fallait d’abord attendre un Casting et se faire retenir, aller à un entretien, se donner un texte et aller au tournage. Mais depuis que j’ai commencé à faire le conte j’ai vu que c’est la forme la plus complète pour m’exprimer. Donc je suis devenue conteuse. 

Pourquoi avoir choisi précisément le conte ?

Les conteurs et les conteuses que nous sommes, avons l’habitude de dire que c’est le conte qui choisit et non la personne qui choisit le conte. Je dirai que  c’est le conte qui m’a choisie.

Que pensez-vous du fait que la modernité prend le pas sur la tradition orale ?

Je m’inscris en faux contre cette idée, parce que la modernité n’est pas forcement en train de prendre le pas sur le conte. C’est vrai,  les jeunes gens d’aujourd’hui ignorent la pratique du conte. Mais le conte demeure ce qu’il est. Le conte n’a pas encore dit son dernier mot. Par exemple, la modernité avec les nouvelles technologies comme on le dit, peut être utilisée pour ventiler le message dans le conte. Donc la modernité n’a pas forcement pris le pas sur le conte.

Pourquoi êtes-vous présentement à Lomé ?

Nous nous sommes retrouvées à des festivals de conte au Benin, au Burkina-Faso, en Côte d’Ivoire, à Lomé et nous avons décidé, les femmes que nous sommes, d’avoir un réseau pour maintenir la flamme autour du conte. Il n’y a pas beaucoup de femmes qui s’adonnent à ce métier parce que c’est un métier qui est mal vu selon l’entendement des humains, du fait de notre instabilité. Bref, on a décidé d’unir nos forces autour d’un  regroupement de femmes conteuses d’Afrique de l’ouest pour pouvoir nous exprimer librement. Voilà les raisons de ma présence ici à Lomé.

Vous êtes au Togo, depuis quelques jours. Que pensez-vous des conteurs togolais ?

Les conteurs togolais je ne les connais pas tous vraiment, mais ceux que j’ai eu à côtoyer, je pourrais citer pêle mêle Al Sidy, avec qui j’ai de bonnes relations depuis la Côte d’Ivoire, Sylvain Méwou que j’ai croisé au festival Yélenne au Burkina-Faso, et bien d’autres, je dirai qu’ils sont vraiment sympas, courtois, ils sont ambitieux. Ceux avec qui j’ai échangé sont vraiment à la pointe de la technologie. Je veux dire que le message passe vraiment. A travers Facebook, les mails, nous arrivons quand même à communiquer autour du conte. Chapeau aux conteurs togolais.         

Comment se porte le conte en Côte d’Ivoire ?

Le conte se porte tant bien que mal. Partout en Afrique, on a tendance à négliger ce qui nous est donné comme grâce de Dieu, comme richesse dans le temps et on est toujours porté sur l’extérieur même si on ne maîtrise pas le contour, on pense que c’est ce qui est bon pour nous. C’est ce qui explique  un peu le retard ou la léthargie dans laquelle baigne le conte dans nos pays aujourd’hui. A Abidjan, certains anciens conteurs comme Robert Masséï, qui est mon formateur, Taxi Conteur, qui est mon ainé et mon guide, Binda N’gazolo et les autres essaient de se battre pour organiser des festivals, des rencontres. Au moins une ou deux fois dans l’année, on arrive à se retrouver pour travailler, mais ce n’est pas vraiment à plein temps. Beaucoup restent à faire en Côte d’Ivoire aussi en matière de conte.   

Votre dernier mot ?

Je souhaiterais de la part des autorités que ce soit au Togo, en Côte d’Ivoire ou partout ailleurs en Afrique de l’ouest francophone que le conte revienne au programme de l’éducation. Moi je me rappelle on avait des livres de contes quand on était élève sur les bancs. Ce sont de petits livres de conte qui nous permettait quand même d’avoir le goût du conte. Et si on pouvait intéresser la jeunesse d’aujourd’hui à aimer encore ce qui nous est cher, ce qui nous est légué qui est le conte, plutôt que d’être une génération Facebook, je pense que ce serait mieux pour l’Afrique.

 

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