Archives du blog

La valeur de l’art oratoire/ Al Sydy, conteur togolais : « Le conte a encore de l’avenir… »

Al Sydy, conteur togolais

Al Sydy, conteur togolais

Pour beaucoup, le conte, élément primordial de la tradition orale, richesse du continent africain, est en perte de vitesse face à la modernité, aujourd’hui caractérisée par l’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). Cet art qui jadis faisait la fierté des sociétés africaines. Se prononçant sur la question dans une interview accordée à notre rédaction, Al Sydy, conteur professionnel togolais, qui dirige une maison de l’oralité, donne sa vision des choses. Pour lui, « Le conte a encore de l’avenir ». Et en faire un métier, il peut nourrit son homme. « Le métier du conte peut nourrit celui là qui respecte tous ces règles et le fait consciencieusement », a affirmé ce dernier. Lecture…

Vous êtes Allassane SIDIBE alias Al Sydy, conteur professionnel. Quels sont vos débuts dans l’art oratoire ?
J’ai commencé par le théâtre et la percussion. Par après un conteur m’a fait appel de l’accompagner musicalement. On a travaillé ensemble. Et depuis j’ai continué dans le conte après son départ. Maintenant le conte a pris le pas sur toutes les autres formes d’art que je faisais.
Pourquoi avoir choisi précisément le conte ?
Je dirai que c’est le conte qui m’a choisi. Je l’ai acquit dans mon enfance. Je suis né dans une grande famille de conte. Et je me souviens, chaque soir notre cour devenait une cour de conte où chacun étalait son savoir. Donc je suis né dans cette atmosphère et j’ai eu un héritage riche en matière du conte. J’ai très trop compris que l’école de la sagesse, de l’éducation de l’enfant africain ne peut qu’être le conte. C’est un art qui regorge beaucoup de valeurs.
Quelle est la différente entre un conteur amateur et un conteur professionnel ?
Le conte professionnel exige beaucoup de travail. Je dirai que le conteur professionnel ne doit s’occuper que du conte. C’est un art très jaloux. Il exige de nous beaucoup de travail, beaucoup de recherche, aussi d’autres valeurs qui doivent accompagner le conteur. Donc la différence c’est que le conteur professionnel va plus loin que le conteur amateur ou traditionnel qui ne le fait que pour amuser la galerie. Un conteur professionnel a un répertoire très vaste. Il sait à quoi il s’attend quand on l’appelle pour le conte pour un public d’adulte, de jeune ou d’enfant.
Est-ce que le métier du conte nourrit son homme ?
Je dirai oui. Oui parce que je ne fais que du conte et je bois dans mon verre. Je crois qu’il s’agit pour nous de savoir faire ce métier. Si vous voulez que le métier du conte vous nourrisse il va falloir que vous soyez efficace et rigoureux, car il va beaucoup exiger de vous. Le métier du conte peut nourrit celui là qui respecte tous ces règles et le fait consciencieusement. Il faut être beaucoup plus professionnel.
Que pensez-vous du fait que la modernité prend le pas sur la tradition orale ?
Effectivement la modernité est entrain de prendre le pas sur l’oralité, parce que la société est devenue une société de l’écriture où tout ce qui est écrit est plus valorisé que ce qui reste dans l’ordre de l’oral. Cela devient pire de nos jours avec les TIC. Nous sommes à l’ère de la technologie, où on a l’internet, la télé, la vidéo…C’est indéniable, c’est déjà un fait, mais maintenant moi je dis que pour que la tradition orale renaisse, on n’a pas à rivaliser avec la modernité, on n’a pas à lutter contre elle, on doit plutôt s’en servir. Donc moi j’appelle tous ceux qui sont dans la tradition orale à se servir de la modernité, à se servir de tous ces technologies pour revaloriser l’oralité.
Pensez-vous que le conte a toujours sa place dans les loisirs ?
Bien sûr, même au-delà. Il a sa place dans le développement de l’être. Le conte véhicule toutes les valeurs qui aident au développement humain. Le conte est la racine de toute éducation. A toute situation si on se réfère au conte on trouve solution.
Vous êtes l’un des conteurs professionnels togolais qui a presté hors du pays sur le plan international, par exemple lors de la caravane du conte de Goethe Institut. Racontez nous un peu vos aventures ?

Sur scène à Institut Guoethe à Lomé

Sur scène à Institut Guoethe à Lomé

Les rendez-vous du conte ont été toujours un rendez-vous du partage, du donner et du recevoir, de convivialité. Partout où j’ai passé, l’accueil a été chaleureux. Les spectacles ont toujours été bien suivis. Et cela nous réconforte. Nous avons rendu compte que les gens exigent beaucoup de nous et nous avons du pain sur la planche. Moi quand je vois tout ça, je me dis que cet art a encore de l’avenir.
Ici au Togo, vous dirigez un centre appelé GABITE (maison de l’oralité) pour la promotion du conte. Comment se porte votre centre ?
Il se porte bien. Nous continuons toujours par former les jeunes qui veulent emboiter nos pas. Nous ne formons pas seulement les gens qui veulent être des conteurs sur scène. Nous formons aussi les gens sur le collectage de patrimoine oral. Et nous nous intéressons au corps enseignants. Nous sommes en partenariat avec la Compagnie Naforoba de la Côte d’Ivoire et un concours est actuellement organisé à l’endroit des jeunes. Ce 5 avril au centre Espace Fil Bleu, nous lancerons avec le doyen Alouwassio, un de nos projets appelé Héritage qui a bénéficié du fonds d’aide à la culture. Avec ce projet, nous allons initier les gens à Dapaong, Kara, Sokodé et à Blita sur l’art de conter, sur le collectage de patrimoine oral, suivis des spectacles dans ces régions. Nous avons d’autres projets encore, de partenariat avec d’autres structures à travers le monde pour faire assoir le conte au Togo. Donc je vous assure la maison se porte bien.
Votre dernier mot ?
Merci à tous ceux qui nous soutiennent, surtout vous les médias qui nous suivez. Soyez toujours avec nous et je crois qu’ensemble on peut redonner la valeur d’antan au conte, notre héritage.

 

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :