Archives du blog

Les corps habillés ne sont pas des ennemis de la population

 

photo de l'association FCI

photo de l’association FCI

« Il n’y a pas de développement possible dans un climat, où la violence et la loi de la jungle tendent à réguler en permanence les relations des individus et des groupes sociaux », dit-on. Cette assertion qui est l’un des principes fondamentaux de la démocratie, est, malheureusement au Togo, loin d’être une réalité dans le vécu quotidien. Et le climat de tensions entre les forces de l’ordre et de sécurité et la population civile en témoigne. Aujourd’hui de plus en plus, la relation entre les corps habillés et les civils se dégrade et portant gravement atteinte à la paix sociale dans le pays.

Partout dans le pays, il est noté une vive tension entre les corps habillés et les civils. La relation entre eux se dégrade de jour en jour, entraînant un déséquilibre social. Il est difficile de faire assoir une compréhension voire une réconciliation entre les deux parties.

En effet, aujourd’hui, les corps habillés ont perdu leur valeur aux yeux de la population. Aussi elles sont craintes par cette dernière. Nombreux sont les Togolais qui ont peur d’approcher les hommes en treillis. Selon Koffi, un conducteur de taxi moto, « Cette peur qui anime aujourd’hui chaque Togolais est due à deux situations fondamentales : la première se situe au niveau de la mentalité de la population qui a un problème psychologique à cause du passé sombre des forces armées. Pour elle, un corps habillé est synonyme de terreur. La seconde situation est au niveau des forces de l’ordre, elles-mêmes. Ces dernières ne facilitent pas la relation entre elles et les civils ».  Pour lui, « souvent à cause de certains de leurs comportements, notamment des actes de violences qu’elles posent, abus d’autorité, leur parti-pris dans l’exercice de leur fonction, elles font fuir la population d’elles ».  Même son de cloche chez son client, un jeune commerçant au grand marché de Lomé, qui insiste sur leur abus d’autorité. « Ah, nos policiers dans la rue nous font peur. Ils abusent trop de leur pouvoir pour nous tricher, la population. Ils se prennent pour des rois et font tous ce qui leur plaît. Gars à toi si par malchance tu te trouves sur leur chemin. Ils font vraiment peur », a-t-il laissé entendre.

Du coté de Yao, instituteur de son état, le problème de la peur se situe plutôt au niveau de l’éducation. « La peur qu’on a des corps habillés dans notre pays est due à la mauvaise éducation à la base, dans nos familles, où le petit Togolais dès le bas âge est éduqué dans la crainte des hommes en treillis. Il est courant d’entendre nos parents utiliser le nom des soldats pour faire peur à leurs enfants quand ces derniers commettent des bêtises. Moi je trouve cela mauvais, car en procédant ainsi, les enfants grandissent avec cette peur au ventre », a-il-expliqué.

A part cette peur manifestée par les civils envers les forces de l’ordre et de sécurité, l’autre aspect qui devient de plus en plus récurent depuis un certains temps dans le pays, est le manque de considération que les civils avouent à leur égard. Les hommes en treillis  ne sont plus considérés par les civils de nos jours, si bien qu’ils ont peur d’eux. La valeur qu’occupaient les forces de l’ordre et de sécurité dans le temps est perdue. La situation prend de l’ampleur avec l’évolution actuelle de la vie sociopolitique dans le pays, où la division a pris le règne.

Ce manque de  considération, selon certains Togolais, est dû aux dérapages des forces de l’ordre et de sécurité. « Vous voulez qu’on considère une force de l’ordre qui ne travaille pas pour tous les Togolais ? Elle est là uniquement que pour une partie  de la population. Pour moi, elle a perdu sa valeur à cause de ses actes partisans qu’on ne cesse de déplorer », a soutenu un étudiant, rencontré au campus de Lomé. « Pour moi, ce sont leurs dérapages, et surtout leur passé sombre qui leur font perdre leur valeur. Nous sommes au Togo et nous savons tous ce qu’a été leur passé. Ce passé a trop marqué les Togolais psychologiquement et ils ont perdu toute confiance et crédibilité à leurs égard », a martelé un autre.

Pour restaurer la paix sociale dans le pays, selon un observateur de la vie sociopolitique, la réconciliation entre les forces de l’ordre et de la sécurité et la population s’avère indispensable.

Certes, dans la facilitation des relations entre civils et hommes en treillis, on a noté et continue toujours par noter des efforts du gouvernement, par des réformes de l’armée basée sur la formation morale et civique, où il est demandé aux forces de l’ordre de se mettre au service de la nation. Toutefois, il faut souligner que ces actions sont insuffisantes pour faire assoir une bonne relation entre les forces de l’ordre et la population. Il est nécessaire aussi de veiller à l’éducation à la base de la population et redonner la valeur aux forces de l’ordre. En faisant comprendre à la population qu’elle ne doit pas avoir peur des corps habillés, mais plutôt cohabiter avec elles.  C’est le seul moyen pour instaurer un climat de paix et d’harmonie sociale, générateur d’un espace des libertés, car les forces de l’ordre et de sécurité, voire l’armée en général, faut il le rappeler, est appelé à jouer un rôle clé dans la sécurisation des institutions républicaines, dans la consolidation de l’unité  et de l’intégrité nationale et dans l’instauration d’une paix citoyenne dans un Etat de droit, pour une bonne gouvernance.

 

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :